Un savoir-faire à préserver : les Colombes d'Abondance

Si vous êtes attentifs, vous les remarquerez dans les entrées, au-dessus des tables ou à l'abri d'un pan detoit... en guise de bienvenue, ces colombes et leurs ailes en fine dentelle de bois planent avec bienveillance sur les habitants d'une maison et leurs visiteurs.

Taillés à l'opinel dans deux morceaux d'épicéa (un pour la tête, le corps et la queue; un autre pour les ailes), ces oiseaux occupaient les bergers durant les longues veillées d'hiver. Il fallait en effet beaucoup de patience et une grande dextérité pour déployer, sans l'abimer, l'éventail fragile des lamelles de bois qui constitue les ailes.

Les Hauts-Savoyards ont, de tous temps, manié le bois avec passion et talent : il n'est pas rare de trouver encore, dans les villages, des charpentes plusieurs fois centenaires, qui ont enduré le rude climat montagnard et supporté plusieurs tonnes de neige. Le détail et la précision de la taille de ces colombes reste donc le symbole d'une longue tradition de travail du bois et d'un savoir-faire ancestral.

Mais s'il n'était pas rare, il y a quelques décennies, de voir un ancien devant son chalet, la tête baissée sur son ouvrage, le pantalon couvert de copeaux, il reste aujourd'hui peu de sculpteurs amateurs de colombes. On retrouve cependant cet objet d'art populaire dans d'autres vallées, comme à Morzine, ou dans les pays de tradition forestière, comme la Pologne, la Russie, le Canada ou la Scandinavie.